Bois Chétif, forêt alluviale des bords de Loire

La Loire, fleuve ‘libre’. Sa largeur est fonction de son débit. Étroite et basse dans le lit mineur en période d’étiage, haute et large dans le lit majeur en période de crues. Elle dépose des alluvions, sables et graviers siliceux. Iles et berges se modifient constamment.

La forêt s’est spontanément installée sur ses rives. C’est la ripisylve, la ‘forêt alluviale’. Les chasseurs y cherchent les mammifères, les pêcheurs le poisson, les ornithologues les oiseaux, les cyclistes la traversent, et les botanistes …. l’observent.

Nous sommes en amont de la confluence de l’Indre, peu avant la Centrale d’Avoine, à Huismes, plus précisément à Bois Chétif. Dans les siècles derniers, on y prélevait du bois, d’une qualité juste suffisante pour le chauffage ou le fourrage, et non pour la construction. On le disait « chétif ».

Bois Chétif…une forêt alluviale, comme l’Ile de la Métairie, visitée le 3 février. Nous y retrouvons les strates habituelles : grands arbres, arbustes et arbrisseaux,  lianes ligneuses ou herbacées, et toute la végétation herbacée.

Les grands arbres sont variés. Près de l’eau, le Saule blanc, et le Peuplier noir, des arbres de bois tendre. Quelques Aulnes, plus rares ici qu’au bord de l’Indre. Leur succèdent Chênes pédonculés et Frênes – commun et à feuilles étroites-, des Érables –sycomore, plane et negundo-, des Noyers, et l’Orme – Orme commun qui ‘rejette’ (beaucoup de très jeunes sujets en broussaille, palliant à la mort prématurée de arbres de 30 ans,) et Orme lisse-caractéristique du lieu. Des arbres de bois dur. On retrouve un autre Peuplier, plus élancé, le grisard.

Sous ce couvert, des arbres moins hauts : Aubépines, – surtout monogyne-, des Pruniers sauvages, et de gros bouquets de Noisetiers et de Sureaux. Plus petits encore, quelques arbustes : le Nerprun, le Troène et le Rosier des champs. Enfin, des Groseilliers rouges.

Tous sont emmêlés de Ronces (dite bleue pour la couleur de son fruit en été, mais rouge par la couleur de son bois en hiver). La Clématite blanche peut atteindre les sommets des arbres les plus hauts, qu’elle décore de panaches blancs (ses akènes plumeuses). Le Chèvrefeuille s’enroule sur les troncs et les branches basses, le Lierre habille les troncs, et le Gui se fixe sur les branches des Saules, Peupliers et Aubépines.

  • Le Noisetier : A la base d’un rameau de l’année, des chatons de fleurs mâles s’allongent dès janvier. A l’extrémité du rameau, ou sur le rameau de l’année précédente, des fleurs femelles, solitaires : sortant d’un ‘bourgeon’ arrondi, 8 stigmates, bien rouges. Le pollen porté par le vent, s’y déposera. Fleur mâle et fleur femelle séparées, sur le même arbre.
  • L’Orme : Sur les nœuds des rameaux anciens (2 ou 3 ans), des fascicules de fleurs rougeâtres. Chacune porte des anthères (produisant le pollen), et des stigmates (recevant le pollen). Chaque fascicule de fleurs mesure à peine 1 centimètre. Chaque fleur est hermaphrodite, (=portant organes mâles et femelles)
  • Le Frêne commun : Aïe aïe aïe…que peut on observer dans ce foisonnement, noyé sous la poudre jaune du pollen ? Sur le rameau de l’année précédente, de gros bourgeons noirs. Celui de l’extrémité donnera rameau et feuilles. Les autres, disposés à l’aisselle des feuilles disparues donneront les fleurs. Celles-ci sont disposées en grappes. Sur une grappe, on trouve  uniquement des fleurs mâles, ou des fleurs femelles, ou des fleurs hermaphrodites. Sur le même arbre, on trouve des grappes de fleurs mâles, ou des grappes de fleurs femelles, ou des grappes de fleurs hermaphrodites. Ou… tous les mélanges possibles : des grappes portant fleurs femelles et fleurs hermaphrodites, des grappes portant fleurs mâles et fleurs hermaphrodites… Le vent a du travail. On n’a pas fini d’étudier la reproduction du Frêne.

Après les Noisetier, Orme, et Frêne, l’Aulne se prépare à fleurir. Lui succèderont le Saule et le Peuplier. Les premiers Erables viendront ensuite. Puis le Chêne, et en dernier le Noyer. Tous ces arbres laissent au vent le soin de disperser le pollen…Bien peu de chance qu’un grain de pollen rencontre le stigmate qui voudra de lui. On les dit « anémogames » (unis par le vent).

Sur une branche de Prunier, une première fleur blanche. Fleur complète, avec anthères et stigmates, avec pétales et sépales. Le Prunier « économise » sa production. C’est l’insecte qui véhiculera le pollen vers sa destination. Avec beaucoup plus de chances de réussite.

L’Aubépine fera de même, un peu plus tard, puis le Chèvrefeuille, et enfin la Clématite, en bonne dernière. On les dit « entomogames », (unis par l’insecte). Et le Lierre ? Entomogame, c’est à l’automne qu’il fleurit. En ce début de printemps, ses fruits seront bientôt à maturité.

Pourquoi tous ces arbres couchés, les uns dans l’eau, d’autres sur la berge ? Ce sont des Saules, des Peupliers (bois tendre). Nous sommes dans le domaine du Castor, qui se nourrit de l’écorce des arbres. Pour l’arbre, absence d’écorce signifie absence de circulation de sève, donc vie impossible. L’arbre meurt. Mais s’il reste un lambeau vertical d’écorce, des bourrelets vont se créer, conservant un peu de vie. Si un jeune arbre est abattu, et que de l’écorce reste à la base, des nouvelles branches vont repartir, et grandir. Les arbres spontanés de nos forêts développent de nombreuses stratégies pour survivre.

Restons sous les arbres, et regardons les herbacées. Les feuilles de l’Arum d’Italie couvrent le sol depuis l’automne. Elles disparaîtront après la floraison du printemps. Les feuilles de la Ficaire s’installent actuellement pour quelques semaines, et disparaîtront, quand, après la floraison, les bulbilles auront emmagasiné assez de réserve pour passer été et automne sous terre. Le Perce-neige est partout visible. Arum, Ficaire, Perce-Neige, leur vie est principalement souterraine.

Des tiges desséchées de grandes herbes : Ortie, Molinie, Alliaire. Pourtant, l’une d’elles montre un vert franc. C’est une Canche cespiteuse, une Poacée vivipare: elle ne porte pas de graines, mais directement de jeunes plantules.

Quelques points colorés dans les herbes encore rases : première Violette odorante, et Véronique de perse, Véronique à feuille de lierre, premier Lamier pourpre. Le printemps est précoce.

La Ripisylve s’étend encore sur 6 ou 7 km, avant la confluence de l’Indre, où nous n’irons pas aujourd’hui. Sur les Iles, en amont et en aval, sur les berges, c’est la même végétation, que nous avions déjà observée à l’Ile de la Métairie.

Chantal Bouvier