SORTIE « mousses » du samedi 22 février 2020 à Bois Bidon – 37800 Antogny le Tillac

Pourtant en hiver, le temps est radieux en ce samedi 22 février. Un soleil éclatant domine en Touraine du Sud, qui laisse sans doute présager les très fortes pluies à venir dans nos jolies campagnes tourangelles… Plein d’enthousiasme, équipés de loupes à main et pour certains de leurs appareils photos numériques, nos amis naturalistes sont parés à l’observation des mousses et autres bryophytes qui peuplent le Bois Bidon à Antogny le Tillac.

En introduction, Franck Massé fait un bref aperçu de l’occupation des sols dans ce secteur. Une photographie des lieux prise vers 1950 nous montre une surface boisée environ trois fois moins importante qu’aujourd’hui ! D’un point de vue géologique, ce sont des colluvions mixtes sur alluvions anciennes qui constituent le sous-sol en place, à base de sables quartzeux grossiers (de teinte ocre et souvent très riches en micas) et de galets.

Nous entamons la sortie dans une jeune chênaie pubescente ayant colonisé une ancienne vigne, il y a probablement dix à vingt ans. Les premières espèces rencontrées sont classiques des milieux anthropisés de lisière ; on y retrouve ainsi logiquement quelques grandes mousses pleurocarpes (=mousses dont les capsules avec les spores qu’elles contiennent, se trouvent sur les côtés de la tige) :

         Brachythecium rutabulum, avec sa soie rugueuse caractéristique

         Ceratodon purpureus, avec sa tige rouge vermillon à maturité

         Bryum capillare et sa capsule verte pendante, en forme de poire

         Hypnum cupressiforme var. cupressiforme avec sa feuille falciforme typique du genre Hypnum

         Pseudoscleropodium purum, dit “Hypne pur”, mais qui n’est pas un vrai Hypne, comme sa feuille concave, presque arrondie et faiblement mucronée, en témoigne.

Hypnum cupressiforme Photo Michel Vigouroux
pseudoscleropodium purum Photo Michel Vigouroux
Ceratodon purpureus Photo Michel Vigouroux
campylopus flexuosus Photo Michel Vigouroux

La liste n’est pas exhaustive, mais d’autres mousses courantes sont rencontrées dans cet habitat : Bryum dichotomum, Kindbergia praelonga, Syntrichia ruralis subsp. Ruralis, Orthotrichum affine (sur un vieux cep de vigne), Polytrichum juniperinum, Campylopus flexuosus et Tortula muralis.

A noter la présence de nombreux pieds d’Anacamptis morio, très belle  orchidée dont on observe, à ce stade de développement, que les feuilles lancéolées disposées en rosette à la base. Un pied de Asplenium adiantum nigrum  est également découvert, magnifique petite fougère communément appelée « Doradille noire ».

Asplenium adiantum nigrum Photo Michel Vigouroux

                                                                                                            A quelques pas de cet accru naturel de chêne pubescent arbustif, nous progressons vers un petit carré de vigne. Ce lopin de terre est exploité de manière peu intensive, sans phytocides à priori, comme nous en informe notre ami mycologue Jean Bouton. Nous avons ainsi la joie d’y découvrir une petite hépatique à feuille assez peu commune, à l’aspect d’une laitue frisée miniature : Fossombronia pusilla. D’autres bryophytes caractéristiques de ce type de milieu ouvert sont également observées, telles la Funaire hygrométrique (Funaria hygrometrica), avec sa soie particulière, qui se tord sur elle-même à dessiccation.

Fossombronia pussilla

Nous abordons enfin le milieu forestier, dans une parcelle où se côtoient chênes pédonculés et châtaigniers. A la surface du sol, les turricules de vers de terre et la litière de l’année, peu épaisse et déjà fragmentée, traduit la présence d’un humus doux de type mésomull colonisé par le Fissidens à feuille d’If (Fissidens taxifolius). L’Eurhynchie striée (Eurhynchium striatum) et la Bracythécie à soie raide (Brachythecium rutabulum), deux espèces de milieux à pH proche de la neutralité, sont également présentes.

Les mousses Homalothecium sericeum, Hypnum cupressiforme var. filiforme, Orthotrichum affine, Orthotrichum Lyellii, ainsi que les hépatiques Frullania sp. et Radula complanata se retrouvent sur les écorces acides des troncs des chênes et de châtaigniers.

Le groupe du 22 février 2020 Photo,Louisette CHASLON

La tournée botanique se termine vers 17h00. Les paupières usées par leurs observation de près – voire de très près à la surface du sol – les bipèdes que nous sommes sont heureux de retrouver leur station debout, bien en appui sur leur deux pieds pour partager un verre de l’amitié rafraîchissant ainsi qu’une petite collation bien méritée.

Franck Massé

Adhérent de l’association de botanique

et de mycologie de Ste Maure de Touraine

Le 15/03/2020